Philippe Faure





 
Série ‘‘Soubrette abusive’’ 20 photographies numeriques
Edition limitée 1 of 5 © Philippe Faure




 


<< Domestique ! – Avec qui, ce soir, vais-je dormir ?
Quelle langue jouera sur mes lèvres lascives,
Tremblera sur mes dents, lèchera mes gencives,
Et se fera sucer comme un membre d’amant ? >> *




Autrefois Connette, Chloris, autres convenable Rosette, saines jeunes filles de ferme, la soubrette, ou suivante, jeune femme de chambre coquette et délurée de comédie, tenait des discours peu respectueux, à des personnes auxquelles elle devait des égards. Plus en âge, elle distillait alors quelques conseils peu sages à de jeunes beautés, et n’ayant pour seule excuse qu'un grand fond d'étourderie. En effet, distraite jusqu’à l’indécence, elle se permettait certaines démarches condamnables au tribunal d'une morale rigoureuse, pour favoriser deux amants. L'air malin ne lui était pas moins nécessaire que la volubilité. Quand on remarquait chez une suivante une physionomie simple et ingénue, on s'imaginait voir Louison ou Javotte, selon Musset, et non Finette ou Nérine.

Aujourd’hui la soubrette abuse en poupée arti-fétichiste, sanglée dans des matières vinyles sous l’objectif du photographe de mode Manuel Urquizar, ou en Suicide Girl-néo punk, cible de la frustration ou de l’admiration des internautes. Ici et là réside l’art du fantasmatique Philippe Faure : il cultive une fascination pour le style rétro-sexuel féminin, et revisite ainsi les milieux actuels BDSM, (acronyme de Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sado-Masochisme) et fétichistes, grâce à l’image de la soubrette, domestique « affectée à », dont la tenue, volontairement affriolante se compose généralement de variantes du modèle : gants ou mitaines en satin ou dentelles, coiffe, tablier blanc, mini-robe courte et décolletée noire, jupon blanc froufroutant, corset ou porte-jarretelles, bas, talons aiguilles, plumeau, souvent agrémenté d'un collier dit de chien et parfois d'une culotte blanche, ou ici rose, couleur obsessionnellement féminine et séductrice chez l’artiste. Matinée de l’esthétisme soigné du fétichisme charnel d’une Dita Von Teese, pin-up et stripteaseuse actuelle, ses icônes empruntent à l’imagerie érotique populaire ; Fashion-Fetish–victimes, elles affichent les thématiques et attitudes des univers porno-chics-vintages des photographes Helmut Newton ou plus récemment Richard Kern, ou Robert Chouraqui, pour lesquels les corps jouent un rôle de mise en lumières et mise en évidence des tenues. Ces Vénus-Erotica concupiscentes, gainées de matières futuristes comme le latex ou le lycra, évoluent dans des environnements à la fois noirs, urbains et sophistiqués.

Philippe Faure dépasse avec intelligence le concept de cet animal lascif de compagnie qu’est la soubrette docile auprès de son maître et propriétaire lubrique. Il réussit parfaitement la substitution de l’érotisme du corps, qui devient un élément secondaire dans la mise en scène, par celui des objets. En effet, c’est lorsque la soumise « usuelle » se glisse dans sa combinaison de latex et devient un mélange de C3PO, soubrette du futur, et d’un godemiché géant que l’artiste prend le pouvoir : roublard jusqu'à l’extrême, il nous invite à caresser ces sex-toys surdimensionnés, l’un noir, effrayant telle la statue du Commandeur, et l’autre rose, plus callipyge. Mélanges de « bioman » braguettés à la brésilienne sous le pubis, et de créatures « zentaï » fétichistes japonaises, ces soubrettes unisexes, farfelues et colorées, nous basculent dans un univers Queer, mais qui reste kitsch et parodique grâce aux accessoires dérisoires, telles de vertueuses mannequins Courrège venues s’encanailler chez Marc Dorcel !

Ces jeux d’échanges de pouvoirs mènent à une confusions des relations consentantes de dominants à dominés. La prise de distance est alors réelle avec le simple mécanisme du désir sexuel montant, et d’une éventuelle envie de passage à l’acte chez le spectateur-voyeur ; par ailleurs, l’artiste nous dégage de l’entrave de la domination et de l’humiliation, voulues par un bondage classique. Philippe Faure joue ainsi avec l’exacerbation de nos sens et fantasmes, et provoque un aller-retour dans notre plaisir immédiat, allant paradoxalement jusqu’ l’anaphrodisie.

Et si l’art était avant << tout fait pour servir à l’histoire des sentiments moraux ? >>** S’il est ici question de pudeur, jouissance, plaisirs et désirs, autant que de valeurs, tabous et comportement sociaux, jamais la revendication n’est présente. Exit les féministes contre le porno star, contre les naïves jeunes filles en fleurs : on les a suicidées avant de les mixer, et de les réincarner en une génération dénudée, décomplexée. Est-ce là, sans doute une nouvelle forme individuelle de militantisme, non dénuée d’ironie.

C’est donc l’histoire d’un artiste plasticien, avec ses fantasmes très masculins, qui ouvre sa boite de Pandore contenant les mystères de la sexualité des femmes, avec un langage à réinventer sans cesse. Il rencontre alors une soubrette qui deviendra sa diva…

Cathy Souladié






*Extrait de << l’Oeuvre Erotique >> de Pierre Louÿs, << Théâtre, Jeunes Filles >>, Editions Sortilège, Paris 1994, page 637.
**Selon le mot de F. Nietzsche, dans << Humain trop humain >>, Editions Gallimard 1968, pour la traduction française, Paris.








VERNISSAGE PERFORMANCE
Espace29, Bordeaux
Vidéo vue par plus de 100 000 personnes.




 



‘‘Adult’’ - wall painting, 15m x 3m, installation ‘‘Soubrette abusive’’ Espace29, Bordeaux,
copyright 2006, Philippe Faure










 
A series of 20 photographs
limited edition




SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°5), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.






 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°4), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.






 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°1), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.






 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°13), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°8), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°3), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°6), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.









 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°2), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°15), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°17), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.







 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°7), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°10), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.







 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°9), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.







 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°11), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.








 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°19), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.







 


SÉRIE "SOUBRETTE ABUSIVE", SANS TITRE (N°12), 2006,
Photographie contrecollée sur Aluminium, 60 x 80
Edition limitée à 5 exemplaires.






 










 


Philippe Faure
Vernissage performance " Soubrette Abusive " © 2006 Bordeaux - Espace29





 
Philippe Faure : ''Le Soubrette abusive Show''


Artiste d’origine bordelaise, Philippe Faure est né à Libourne en 1969, il vit et travaille à Bordeaux. Ses talents ont été révélés au public bordelais à travers l’opération ateliers portes ouvertes Open Doors Open Eyes (édition 2004) et, tout récemment, grâce à sa participation remarquée à l’exposition/hommage à Pierre Molinier Pierre Molinier/Jeux de Miroirs présentée à l’automne par le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Avec Soubrette abusive, sa nouvelle exposition, Philippe Faure nous offre un catalogue des stéréotypes du fétichisme revus et corrigés par son humour et son point de vue parodique.

Philippe Faure : un univers rose délicatement licencieux
L’exposition Soubrette abusive qui se tiendra du 16 mai au 4 juin à l’Espace29, 29 rue Fernand Marin, en plein cœur de Bordeaux, plonge le visiteur dans l’univers délicatement licencieux de l’artiste. Une couleur résume sa production artistique protéiforme : le rose. Le rose, couleur de prédilection de l’artiste, habille sa signature/logo/marque de fabrique « bourgeoiseàsatisfaire ». Le rose anime la toile de fond des installations de l’artiste et le motif « médaillon » de ses « tapisseries » peintes sur lesquelles des photomontages prennent parfois place. Le rose est appliqué à ses motifs privilégiés parmi lesquels on peut repérer des créatures multijambes, un fauteuil ou un canapé Louis XV, et surtout la silhouette de la « soubrette ». L’ambiance rose des œuvres de Philippe Faure habille les espaces investis par l’artiste d’une évocation nocturne et chaude. La dominante rose suggère que le lieu dans lequel l’artiste vous invite est un écrin libertin. Le rose, que l’on peut considérer comme un précieux rougeoiement/roseoiement dérivé du rubis (rappelons que les plus belles pièces de rubis se trouvent en gîtes primaires à Sri Lanka et en Haute Birmanie, dans la région de Mogok, dans les alluvions du Siam en Thaïlande et au Cachemire en Inde), pare les œuvres de Philippe Faure d’une atmosphère chaude, sensuelle, presque exotique. Il nous plonge dans un show rose oscillant entre l’ambiance d’un « cabaret » et la chaleur confortable de l’alcôve d’une cocotte, entre l’invitation au sexe de l’enseigne au néon d’un Peep Show d’un quartier animé et la sophistications des « love hôtels » de Tokyo où l’on loue des chambres décorées pour y faire l’amour selon la précision de ses fantasmes.

Initialement peintre, Philippe Faure choisit le rose et met délibérément l’accent sur la transformation d’un espace (voulu plus ou moins neutre : la galerie, le musée…) en un lieu de spectacle. Il scénographie les espaces qu’il investit et les habille de sa fantasmagorie érotique et ludique. Ses installations comprennent les projections de ses films ou de ses montages numériques sur tous supports : aussi bien écran blanc que mur de vidéos ou écran LCD dissimulé dan un cadre laqué, photomontages numériques, « tapisseries » et même « murals ». En effet, dans l’exposition Soubrette abusive, le mot « ADULT » se détachant en lettres noires surdimensionnées, évoque l’avertissement/enseigne d’un temple consacré au sexe tout en parodiant les tics d’un art conceptuel tel que le pratique Lawrence Weiner. Car, sous l’apparente légèreté esthétique « pornokitsch » proclamée (qui puise dans les registres codés de l’érotisme : talons aiguilles surdimensionnés, bas résilles, porte-jarretelles, tabliers de soubrettes, menottes et combinaisons moulantes), se trame une savante mise en scène qui puise allègrement dans les registres formels familiers de l’art contemporain. L’artiste « remix » les leçons retenues du Pop’Art et « néo-Pop’Art », en digne héritier d’un Jeff Koons ou d’une Sylvie Fleury, projetant ses obsessions fétichistes dans les registres les plus sophistiqués. Philippe Faure est un artiste de l’image et de la scénographie à la fois ; il ne se contente pas de produire des photographies et des films, il invente des procédés de présentation qui se composent d’objets, de mobilier, de performers aussi. Ainsi fait-il appel à une gogo-dancer pour sa performance/installation Lollypop Lady qui tire son titre de la parodie de générique de film pornographique produite à l’occasion de AutobiographieX, en janvier dernier, première manifestation du récent groupe artistique LXIRbaroQ dont Philippe Faure est membre. Gageons que des « soubrettes abusives » animeront de leur silhouette et de leurs parures aguichantes le vernissage de l’exposition.

Une esthétique queer : entre fascination et transgression des codes de l’érotisme normatif

Sa transgression des codes et des formes stéréotypées de l’érotisme et du fétichisme, l’injection du porno (même soft) dans son œuvre rapproche Philippe Faure des artistes oeuvrant dans une pratique critique des normes, dans un rattachement au courant de pensée Queer. Rappelons que ce concept philosophique, né d’une pensée post-féministe et homo/transexuel(le) se réfère aux réflexions initiales de Michel Foucault, Jacques Dérrida, Gilles Deleuze. Que les textes de l’américaine Judith Butler, qui travaille sur « la construction performative du genre » fondent le discours queer actuel. Ainsi, la Queer Theory, basée sur la déconstruction du genre, intéresse tous ceux et celles qui se posent en différence avec la norme hétéro ou homosexuelle, qu’elle s’inscrit contre toute domination normative. L’idée queer est de déconstruire les représentations et les catégories, de s’intéresser aux marges, aux différences, mais aussi d’interroger l’art, la mode, l’expression artistique ou cinématographique en transgressant leurs codes. Philippe Faure est un artiste queer, à la fois parce qu’il propose des œuvres/mise-en scènes détournées des codes de l’érotisme normatif tout en affichant sa fascination pour ceux-ci. Mais encore parce que « le rose dans lequel ces œuvres baignent généralement, c’est aussi le Rrose des Drag, le Rrose des queer, le Rrose androgyne et transgenre, le Rrose d’un boudoir-bordel aussi bien que le Rrose de la loge de Rrose Sélavy (célèbre double féminin de Marcel Duchamp), de la loge de la Drag queen, le Rrose du camping-car de Eva & Adele et du car de Priscilla folle du désert… » 1

L’œuvre de Philippe Faure propose une esthétique hybride. Elle assume sa fascination pour l’érotisme et la pornographie et tout ce qui met en scène leur irruption dans le quotidien : la jaquette de vidéo, le générique façon production européenne… tout en détournant subtilement leur contenu. L’oeuvre souligne à quel point cette imagerie codifiée est nourrie de fantasmes séculaires transmis de générations en générations (le cliché de la soubrette) aussi bien que d’une fantasmagorie issue de notre monde contemporain (la créature latex tout droit sortie d’un Manga japonais). L’œuvre, obsessionnelle, composée d’un raffinement (qu’on ne soupçonne pas à première vue) et d’humour, impose toute sa singularité dans un monde où l’image virtuelle circule à flux ininterrompus, un monde où les artistes (et les cinéastes en particulier) expérimentent le mélange des genres dans des tentatives (plus ou moins réussies) de conciliation entre les registres classiques du cinéma d’auteur et la pornographie, un monde où les pornstars sont devenu(e)s le sujet de discussions, lors des dîners bourgeois.

Mike Yve, esthéticien et historien de l’art contemporain, commissaire d’expositions.

Site web: Espace29 - 29, rue Fernand Marin - Bordeaux - http://espace29.com






‘‘Adult’’ - wall painting, 15m x 3m, installation ‘‘Soubrette abusive’’
© Philippe FAURE, Espace29, Bordeaux 2006








 
ALL IMAGES © 2009 PHILIPPE FAURE




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